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Rijasolo ou la perplexité

Femme

© Rijasolo, tous droits réservés.

— Cette photographie de Rijasolo appartient un projet commencé en 2004 : Miverina, un retour à Madagascar (« Miverina » signifie « revenir »), série photographique qui parle d’un retour dans son pays d’origine, Madagascar, après vingt ans d’absence, une confrontation entre un pays imaginaire et un pays bien réel, la réinvention d’une identité, le tiraillement dans la distance, la violence aussi d’être à la fois malgache ailleurs et résolument étranger dans son pays d’origine.

Un sentiment domine face à cette photographie de Rijasolo : la perplexité. Une perplexité et une impuissance. On hésite, on doute, on est embarrassé, pris d’incertitude devant une situation complexe ou difficile ; on est entraîné vers quelque chose qu’on ne veut pas voir, quelque chose qu’au fond personne ne désire. Un peu comme un lapin que fascine le serpent, nous voilà face au péril quotidien sans savoir l’écarter.

On nous raconte d’horribles histoires de bombes nucléaires, de villes anéanties, de férocité toute humaine, de famine un peu partout. Tout cela nous fait frémir et la raison le confirme. Mais il y a quelque chose d’autre, en nous, comme a dû le dire Aristote à celui qui a écrit sa Poétique, quelque chose en nous semble s’y plaire. Partagé entre le raisonnable et le déraisonnable, la volonté ferme nous manque pour éviter de regarder le triste spectacle de cette jeune femme.

En période paisible, notre part déraisonnable sommeille tout le long du jour et ne s’éveille que la nuit. Face à cette photo de Rijasolo, le déraisonnable envahit notre veille. La pensée rationnelle pâlit et se sépare de la volonté. Nous sommes pris dans une alternative extrême : détourner le regard pour fuir ou sombrer avec cette jeune femme. Et l’on reste.

Notre existence ainsi suspendue présente un intolérable inconfort, en sorte que l’on adopte alternativement l’une et l’autre des positions, tout en continuant d’hésiter. On se dit que cette jeune femme pourrait donner un sens à sa vie mais elle préfère sans doute…

Cette incertitude empêche tout effort un peu pénible. Elle crée une atmosphère de frivolité douloureuse que l’on prendrait à tort pour du plaisir et qui, par un phénomène de projection, peut se changer en haine pour cette jeune femme que l’on rend responsable de son destin. Cette haine nous rapproche de son naufrage.

Ainsi, personnage d’un drame grec, le spectateur, aveuglé, offensé, égaré par quelque brouillard marche vers le précipice en s’imaginant le fuir.

Cette photographie de Rijasolo pose une question extrêmement ardue : au-delà de cette simple et seule alternative, fuir ou sombrer, peut-il exister une autre énergie, une autre conception de l’homme, de sa destinée et des problèmes qu’il affronte, une conception qui donnerait un peu plus d’espoir et d’intelligence que la perplexité qui nous assaille face à la détresse de nos contemporains ?

Au cœur du travail photographique de Rijasolo, il y a cette énergie qui nous interroge autrement sur la destinée humaine…

 

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